Management : welcome dans une équipe multiculturelle

Posté le 13 Mai 2019

Pas toujours simple de faire travailler ensemble des salariés de nationalités et de cultures différentes. Il faut bien mesurer l’impact de son discours.

En France, au moins 6 millions de salariés travaillent dans une entreprise multinationale et un peu moins de 2 millions dans des sociétés étrangères, selon l’Insee. Pour eux, évoluer au sein d’une équipe où plusieurs nationalités sont représentées fait partie intégrante du quotidien. Pour autant, la cohabitation des cultures dans l’univers professionnel n’est pas toujours simple.
Sous cette richesse apparente, « il y a toujours des choses que l’on ne voit pas, qui se déroulent sous la ligne de flottaison et qui vont venir troubler le fonctionnement de l’équipe », souligne Nancy Bragard, spécialiste du management interculturel et coach.
Premier constat : diriger une équipe multiculturelle ne s’improvise pas. « Dans les entreprises, personne ne considère vraiment que c’est une difficulté. Pourtant, cela demande un investissement en temps bien plus important que lorsqu’il s’agit d’une équipe franco-française », témoigne Carine Vinardi, cadre chez General Electric, qui a mené toute sa carrière dans des environnements internationaux. « Difficulté supplémentaire : il faut souvent manager ces collaborateurs à distance ! », remarque-t-elle.
De sa longue expérience, Carine Vinardi tire une règle d’or : « Le manager ne doit pas considérer qu’il a réponse à tout, mais doit mettre les choses sur la table ». En effet, comme le souligne Nancy Bragard, l’une des grandes différences entre Français, Anglais, Allemands, Américains ou encore Chinois, c’est « le mode de communication ». Frontal et explicite pour les Américains, très peu explicite pour les Latins, et très implicite pour les Britanniques. De quoi occasionner quelques remous.
Maniez l’humour avec précaution !
Autre point crucial : l’art et la manière de décider. « Pour les Français, poursuit Nancy Bragard, ce n’est pas parce qu’une décision est prise qu’elle sera mise en œuvre : il sera toujours temps de changer d’avis. Tandis que pour les Anglo-Saxons, si l’on parle de décision, cela veut dire qu’on va faire ce que l’on a dit, point ».
Les préjugés ou les images que l’on peut avoir les uns des autres pèsent lourd. Persuadée que tous les Américains étaient extravertis et chaleureux, Carine Vinardi s’est inquiétée le jour où elle s’est retrouvée face à deux collaborateurs mutiques, persuadée que cela reflétait un problème au sein de l’équipe. « Finalement, je me suis rendu compte que tout allait bien, ils étaient juste introvertis ! », s’amuse-t-elle aujourd’hui.
D’où l’importance d’avoir, avec des étrangers, quelques moments de convivialité pour apprendre à mieux se connaître : prendre l’avion ensemble, déjeuner ou dîner, partager une conversation informelle permettent de faire la part entre le « multiculturel » et la personnalité de chacun.
Enfin, dans une équipe venue de plusieurs horizons, attention à manier le registre de l’humour avec précaution : il est très peu goûté dans certaines cultures, tandis que d’autres ne comprennent carrément pas le second degré, par exemple. Réservez les blagues potaches aux rencontres entre amis !
Qui se ressemble ne s’assemble pas toujours
En matière de culture par ailleurs, les mélanges les plus intuitifs ne sont pas ceux qui fonctionnent le mieux. Dans les entreprises américaines qui envoient leurs cadres à l’étranger, le taux d’échec le plus élevé est recensé chez ceux qui sont partis… en Grande-Bretagne. Malgré leur histoire et leur langue commune, la mayonnaise a du mal à prendre. Quant aux Français, ils doivent éviter de se croire en terrain connu au Québec, par exemple. Paradoxalement, les mélanges plus « exotiques » fonctionnement souvent mieux.

Le Parisien>Économie>Entreprises et Start-up |Julien Bisson|11 février 2019,
A lire. « Les équipes multiculturelles en entreprise, les comprendre, les gérer, les développer », par Carine Vinardi, Editions Maxima,